Un peu d'histoire

Publié le par Charlotte & Jessy, Tandem de choc

Impossible de visiter le Cambodge et de vous en parler sans évoquer le triste épisode du génocide cambodgien.

 

A partir de 1970, le Cambodge entre de plain pied dans une guerre qui va se prolonger pendant plus de 20 ans.

Le 17 avril 1975, les Khmers Rouges prennent le pouvoir au terme de plusieurs années de guerre civile. Soulagés par la fin des hostilités, les Cambodgiens accueillent les "libérateurs" dans la liesse. Un évènement à peine imaginable va alors se produire : sous prétexte de bombardements américains imminents, en l'espace de 48h, les Khmers Rouges procèdent à l'évacuation totale de Phnom Penh! 2,5 millions de personnes sont déportées de force vers les campagnes du Nord et de l'Ouest du pays. Personne n'est épargné : les témoins de l'époque racontent que les malades des hopitaux se sont retrouvés sur la route dans leur fauteuil roulant... Cet exode coutera la vie a plusieurs dizaines de milliers de déportés, notamment les vieillards et les enfants en bas age. En quelques jours, la capitale devient une ville fantome, et tous les symboles de la société bourgeoise sont saccagés : banque d'Etat dynamitée, églises brulées, contenu des magasins déversés dans les rues... C'est l'année dite "zéro", aube d'une renaissance totale proclamée par les Kmers Rouges.

 

Dans la foulée, toutes les villes du Cambodge sont évacuées : on ordonne à la population de gagner les rizières pour se mettre au travail dans le but d'assurer l'autosuffisance alimentaire du "Kampuchéa Démocratique", selon la nouvelle appellation du pays. Durant sa déportation, la population est soigneusement triée en 3 catégories. Les militaires sont conduits à l'écart pour etre exécutés. Fonctionnaires et intellectuels (considérés comme suspects) sont envoyés dans des "villages spéciaux". Le reste, le peuple, est prié de rejoindre son village natal et de se plier aux ordres pour gagner son riz quotidien. Les conditions de travail sont proches de l'esclavagisme : les digues sont élevées à la main, les charrues sont tirées par des hommes (les boeufs ayant été tués), les horaires sont draconiens et les repas limités au strict minimum voire supprimés au cas ou les quotas ne seraient pas respectés.

 

Cloisonnés dans des campagnes dont ils n'ont pas l'habitude, en proie aux maladies, au soleil, à la faim et aux travaux de force, les citadins sont condamnés à brève échéance. Les Khmers Rouges interdisent l'accès aux hopitaux des villes, les médicaments sont réservés aux combattants, les médecins sont traqués pour cause d'appartenance à la bourgeoisie. Les Khmers Rouges détestent les signes d'intelligence et toute religion est interdite. Les Bonzes sont persécutés, les chrétiens sont accusés de travailler pour la CIA, la communauté musulmane est entièrement massacrée. Les statues de Bouddha sont décapitées, les pagodes deviennent des greniers à riz et les mosquées des porcheries. Sous couvert de non conformité avec la nouvelle idéologie, les jeunes aux cheveux longs sont exécutés, de meme que toute personne portant des lunettes (signe d'intelligence) ou susceptible de connaitre une langue étrangère. Pour économiser des cartouches, on fracasse les tetes des condamnés à coups de pioche.

 

Parmi nos photos, vous aurez pu voir des photos du musée du crime génocidaire de Phnom Penh (Tuol Sleng). Cet ancien lycée construit par les Francais devient d'avril 1975 à janvier 1979 la prison la plus terrifiante du Cambodge des Khmers Rouges. Plus de 20 000 personnes y passent, subissant les pires tortures avant d'etre achevées dans le camp d'extermination de Choeung Ek, à 15km au Sud de Phnom Penh...Les Khmers Rouges enferment dans cette prison tous les opposants supposés au régime, pour n'importe quel motif, qu'il soit valable ou non, sans distinction d'age : femmes, enfants et parfois meme des familles entières (bébés compris). Ouvriers, cadres, enseignants, ingénieurs, intellectuels, fonctionnaires, ministres et diplomates cambodgiens, et aussi des étrangers (Indiens, Pakistanais, Occidentaux...). Le simple fait de porter des lunettes (enfants compris) était suffisant pour etre considéré comme intellectuel et donc "à exterminer".

« Il vaut mieux tuer un innocent que de garder un ennemi en vie » ou encore « Un million de jeunes est suffisant pour construire le nouvel état » disent les dirigeants Khmers Rouges.

Les gardiens de la prison avaient entre 10 et 15 ans et devenaient rapidement beaucoup plus cruels que les adultes. Ils photographiaient systématiquement les prisonniers à leur arrivée, ainsi qu'à leur mort. Les corps mutilés par les tortures étaient si décharnés par la faim qu'ils en étaient presque méconnaissables. Baptisé S-21 par les hommes de Pol Pot, ce lieu n'est pas sans rappeler certains camps de concentration nazis. Ce n'est d'ailleurs pas le seul endroit ou les Khmers Rouges commirent leurs atrocités et des charniers ont été découverts aux quatre coins du pays

 

Qui sont les Khmers Rouges? Quatre hommes concentraient à eux seuls tout le pouvoir : Khieu Samphan, Ieng Sary, Son Sen et Saloth Sar (plus connu sous le nom de Pol Pot). Apres un séjour en France dans les années 50 pendant lequel ils se rallient à l'idéologie communiste, ils se lancent à leur retour dans l'agitation politique mais sont chassé par le roi. Ils se réfugient dans le maquis et jurent de venger cette humiliation. Ils constituent alors leur armée avec des paysans, traditionnellement opposés au pouvoir de Phnom Penh. Les adolescents sont endoctrinés et deviendront de véritables betes sauvages à force de se battre dans la jungle. Leurs slogans nationalistes et racistes leur permettent de convertir une population hostile à la présence étrangere. Une fois au pouvoir, c'est Pol Pot qui devient le leader. Admirateur de Marx et Staline, Pol Pot a aussi un autre modèle : Hitler. Avec des méthodes encore plus barbares (si c'est imaginable), Pol Pot aura appliqué sur le peuple cambodgien un génocide proportionnellement plus important que celui des nazis, à la différence que c'est son propre peuple qui en a été la victime. Ce régime a en effet causé la mort d'environ 1,7 millions de Cambodgiens, soit 20% de la population de l'époque.

 

Cela ne se terminera qu'en 1978, lorsque les Khmers Rouges feront l'erreur de s'en prendre aux vietnamiens pour essayer de reprendre une part du Vietnam qui leur appartenait dans le passé. Les vietnamiens, qui ont horreur des cambodgiens, vont alors envahir le Cambodge et chasser les Khmers Rouges. Ils ne repartiront du Cambodge qu'en 1989.

Durant cette période, les Khmers Rouges, retranchés a la frontiere thailandaise, vont utiliser un moyen diabolique pour tenter de déstabiliser le systeme en place : les mines antipersonnelles. Celles-ci sont placées dans les rizieres et les champs, et ne sont pas concues pour tuer mais pour mutiler. Le but : empecher les paysans de travailler de maniere a stopper les récoltes : sans récolte, le systeme ne devrait pas tenir longtemps pensaient-ils. Mauvais calcul car les vietnamiens ne sont pas au Cambodge pour faire des profits.

Les mines sont aujourd'hui encore certainement le probleme le plus dramatique du pays. Les spécialistes estiment leur nombre a 10 millions, ce qui fait du Cambodge le pays le plus miné du monde. En 1989, 20 000 mutilés étaient recensés par les hopitaux. On compte encore aujourd'hui environ 300 accidents par mois.

 

Publié dans Cambodge

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article